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DEGORGEOIR



Le dégorgeoir est un orifice qui permet d’évacuer le son, c’est donc une pièce importante dans un moulin. En Alsace, les dégorgeoirs prennent la forme de masques, bouche grande ouverte, avec un aspect terrifiant. Leur attitude peu engageante est, en fait, prophylactique.

Ces masques de bois fixés à la base des moulins artisanaux déversaient (ou vomissaient, car les bouches sont très, très largement ouvertes) le son (l’enveloppe du grain) par leur bouche largement ouverte. Ces masques terrifiants étaient fixés devant la caisse où était recueillie la farine. Ils devaient, par leur laideur, repousser les influences maléfiques qui auraient pu s’attaquer à la farine de céréales, aliment de base de l'homme. Le risque était en réalité surtout d'être intoxiqué par un champignon du seigle qui déclenchait une maladie grave, le "mal des ardents".
Très souvent, les figures des dégorgeoirs représentent l’étranger (« le Turc » ou « le Noir »), le militaire, des monstres de la mythologie antique ou le diable.

Leur rôle, hormis celui de décorer, était d'éloigner les esprits malfaisants qui auraient pu contaminer la farine.

 

Voilà la partie de la Grande Histoire qu’il faut savoir à ce sujet :

L'ergot de seigle, redoutable champignon, fut responsable du fameux « mal des ardents ».

L’ergotisme est le résultat d’un empoisonnement à long terme habituellement dû à l’ingestion d’alcoloïdes, produits par l'ergot du siegle (Claviceps purpurea), un champignon qui infecte le seigle mais aussi d’autres céréales.

L'ergotisme est également connu sous le nom de « feu de Saint-Antoine ». L’intoxication par l’ergot est l'une des explications médicales et psychologiques de certains cas de sorcellerie ou de possession démoniaque.

Lorsqu’il est écrasé par les meules, l'ergot se transforme en poudre rouge, bien visible sur la plante en herbe mais passant facilement inaperçu dans la farine de seigle, de teinte foncée.

Chaque fois qu'on trouve la combinaison d’un temps humide, de températures fraîches, d’un retard dans les moissons des cultures de plaine et une consommation de seigle, la survenue d'un foyer est possible. La Russie a été particulièrement touchée.

Enfin, le feu de Saint-Antoine peut aussi passer de la mère à l'enfant par la lactation, provoquant autrefois de nombreux cas l’ergotisme chez les nourrissons.

 

Les symptômes peuvent être divisés en deux groupes : des signes convulsifs et des signes gangréneux.

 

Les symptômes convulsifs comprennent des crises de convulsions et des spasmes douloureux, des diarrhées, des paresthésies, des démangeaisons, des maux de tête, des nausées et des vomissements.

Habituellement, les effets gastro-intestinaux précédent les effets nerveux.

En plus des convulsions, il peut exister des hallucinations ressemblant à celles déclenchées par le LSD (diéthylamide de l'acide lysergique, dont l’ergotamine, l’alcaloïde de l'ergot, est un précurseur immédiat avec lequel il partage certaines similitudes structurelles), et des troubles psychiatriques comme la manie ou la psychose.

 

La forme gangréneuse donne une gangrène sèche est le résultat d'une vasoconstriction induite par des alcaloïdes Elle affecte les doigts et les orteils. Les symptômes comprennent une desquamation, un affaiblissement des pouls périphériques, une perte de sensibilité des extrémités, des dèmes et finalement, la nécrose des tissus touchés.

 

Des épidémies historiques d'ergotisme ont été identifiées : des recherches archéologiques ont permis de retrouver une tablette assyrienne d'environ 600 avant J.-C. faisant allusion à « une pustule nuisible dans des épis de céréales ».Puis vers 857, dans le bassin méditerranéen on nota : « une Grande peste de pustules œdématiées a consumé la population atteinte d’une pourriture répugnante, de sorte que leurs membres ont été gangrénés et sont tombés avant qu’ils meurent ». La plus ancienne mention de la maladie, en France, est celle que fait Flodoard pour l'année 945 dans ses Annales décrit la « Peste du feu » qui sévit à Paris : les malheureux avaient l'impression que leurs membres brûlaient, leurs chairs tombaient en lambeaux et leurs os cassaient.

En 994, dans le Limousin, il y eu une grosse épidémie. Le saint invoqué pour les sauver, à Limoges, était saint Martial.

Les périodes de famine furent très propices à de telles maladies et les descriptions de la famine de 994 sont terribles. Raoul Glaber écrit que « les riches pâlirent, les pauvres rongèrent les racines des forêts. Sur les chemins, les forts saisissaient les faibles, les rôtissaient, les mangeaient. Il y en a un qui osa étaler de la chair humaine à vendre dans le marché de Tournus ».

La maladie revint pendant tout le XIème siècle : en Champagne, en 1039, dans le Limousin, en 1070, en Lorraine, en 1089, dans la région de Cambrai en 1129 où 12 000 personnes moururent. Les foules de miséreux se précipitèrent alors vers les tombeaux des saints et de nombreuses processions, qui ont encore lieu aujourd’hui, pour certaines, virent le jour.


C'est en 1089 qu'un seigneur du Dauphiné, Gaston de Valloire, ramena les ossements de l'anachorète de la Thébaïde, saint Antoine qui avait vaincu les feux de la tentation, et dont le fils, Guérin, avait été guéri du mal des ardents. Les reliques sont déposées dans une chapelle à La Motte-aux-Bois, près de Vienne, qui prend le nom de Saint-Antoine-l'Abbaye (Isère). D’où le nom « feu de saint Antoine » !, Nombre de victimes se rendirent en pèlerinage auprès des reliques de saint Antoine, dans l'espoir d'être guéries, mais aussi en raison des sensations de brûlures ressenties dans les membres des malades auxquelles on doit l'autre nom de la maladie « mal des Ardents ». Ces pèlerinages étaient souvent couronnés de succès, le pèlerin s'éloignant de la source de pain fabriqué à partir du seigle ergoté le temps que les stocks soient écoulés et on attribuait la guérison à saint Antoine, le saint patron des ergotiques. La maladie frappait surtout l'été, au moment où l’on consommait la nouvelle récolte.

 

La médecine fait des avancées notoires et la première mention de l'ergot fut faite par un médecin allemand, en 1582, Lonitzer, car l’ergot fut un remède utilisé par les sages-femmes pour  accélérer les accouchements.
L’ergot, nommé d’après l'éperon qu’il forme sur la plante, a été identifié et désigné ainsi par Denis Dodart, qui a signalé le rapport entre l’ergot de seigle et l'empoisonnement du pain dans une lettre adressée à l’Académie royale des sciences en 1676.

François Quesnay, le médecin de madame de Pompadour, s'est intéressé à la « gangrène des Solognots » et a découvert que la maladie était due à la consommation d'un seigle avarié. Dans les périodes de famine, les paysans consommaient « des grains corrompus et réduits en forme d'ergot de chapon » pour composer leur pain ou leurs bouillies.

À partir du XVIIe siècle, du fait des avancées des sciences, on comprend que le pain provoquant l'ergotisme contient de l'ergot. La vigilance augmente et les intoxications diminuent dans les pays développés en raison de la surveillance attentive dont le seigle a fait l’objet. On va cribler le seigle pour vérifier les récoltes.

 

Il existe des preuves archéologiques selon lesquelles l’intoxication par l'ergot a eu une utilisation rituelle au cours de sacrifices humains pratiqués sur certains hommes des tourbières (Ere celte). De grandes quantités de céréales et herbes putréfiées ont été extraites de leur estomac, indiquant clairement une ingestion forcée utilisée pour une forme primitive de sédation.

 

La dernière épidémie, en France, intervint durant l'été 1951, une série d'intoxications alimentaires (« l'affaire du pain maudit »), frappe la France, dont la plus sérieuse à partir du 17 août à Pont-Saint-Esprit, où elle fait sept morts, 50 internés dans des hôpitaux psychiatriques et 250 personnes affligées de symptômes plus ou moins graves ou durables. Le corps médical pensa alors que le pain aurait pu contenir de l'ergot du seigle, mais sans en avoir la preuve.

Dans les pays peu développés, l’ergotisme survient encore ; une épidémie a été rapportée en Éthiopie en 2001 suite à l’ingestion d’orge contaminée.




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